Lexique

Origine du Mal

I. Chapitre 1 4. Idolâtrie

Paroles

Fidélité

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Le poupon est l’aboutissement de causes biologiques microscopiques, elles-mêmes nées de motifs sentimentaux : perceptions des amoureux, mais aussi acquis propres et hérités de leurs éducateurs. Formidable est cette capacité du vivant à se reposer, se réparer, se reproduire — vertus hors de portée de toute ingénierie humaine ! Si la matière de ce qui vit contient déjà tant, que dire du réel insaisissable ? Quel système d’équité ou de rétribution présumer pour les blessures sensibles ? C’est dans ce soutien vital, matériel et immatériel, que l’enfant grandit comme effet affirmé, sa concrétisation appuyant surtout sur des conceptions et apprentissages qui ne lui sont pas personnels. Ensemble majestueux de causes lui permettant de prospérer et de s’épanouir — succès témoignant de la sagesse sur laquelle il repose, sagesse qui exige fidélité autant qu’à la vérité reçue des sens.

Comme nous ignorons parfois la vérité, tout degré de scepticisme, d’objectivité ou d’empirisme supplantant la fidélité acquise mène droit au barbarisme, à la dictature, à la désintégration. Pourtant, entre choix et prises de position, nous pouvons distinguer ceux qui ont les meilleures conséquences pour ceux que nous aimons, ceux que nous pourrions aimer, pour toute chose créée. Dans cette foi en la cohérence des causalités et des effets, dans la fidélité, nous nous rassurons des réalités imperceptibles que présente chaque choix.

La fidélité guide l’attention, avive l’intuition et juge des faits perçus puis assimilés. La négliger atteint gravement nos capacités d’apprentissage, l’accumulation de fausses vérités altérant d’autant les apprentissages futurs — car sans fidélité, sans foi dans les cohérences causales, aucune utilité n’est anticipable, et intuition comme imagination cessent de fonctionner et de guider l’attention. Ainsi, la science dure des cartésiens, reposant sur les seuls sens et rejetant toute idée reçue, se limite considérablement : c’est la cohérence acquise qui doit diriger la quête vers plus de cohérence, non l’expérience.

À l’instar, mieux vaut consulter non les pieux ou les justes, mais les plus athées adeptes de sorcellerie : experts en exploitation des forces occultes, dont ils tirent des abus échappant aux lois humaines. En jetant chaque jour, leurs anathèmes sur des rivaux, ils savent qu’il y a plus que ce qui saute aux yeux, et cela, pieux et sages, épris d’harmonie et d’équité, s’interdisent absolument. Pour mesurer le soin dû à ne pas offenser le monde paranormal, ce ne sont donc pas les religieux qu’il faut consulter, mais les dévots impies s’adonnant en secret aux pires hérésies et rituels illégaux par souci de prestige, jusqu’à braver les lois pour s’assurer le soutien des démons. Ils muent les mathématiques en numérologie, l’astronomie en astrologie pour justifier leurs crimes — niant la virginité de Marie ou l’eau changée en vin… On les jugera les plus qualifiés pour vanter le changement de sexe chez les nourrissons ou le dernier vaccin.

Mais devant cette évidence, la divinité a réservé aux esprits empiristes et opaques un argument redoutable. Peu parmi eux aussi continueront à penser que seul le monde perceptible par les sens existe, étant donné leur zèle psychédélique.

L’ensemble de cohérence de causes et d’effets, compte tenu du succès acquis par expérimentation, réclame la fidélité de ceux qui attestent cette sagesse. Car le rejet de cette évidence vitale se dresse contre la cohérence, donc contre toutes ces vies. Il est impensable d’obtenir leur aval pour ce qui les menace eux et leur collectivité. Ni les savants n’ont atteint plus de sagesse ni les idoles n’ont connu autant de succès. La cohérence originelle peut bien sembler démodée : elle demeure vitale. Nous lui devons une absolue fidélité. La vérité des sens est parfois vitale ; la sagesse de la fidélité l’est toujours.